Pourquoi jeter un œil dans son arbre ?
Nous associons souvent le terme "famille" à nos proches immédiats : parents, frères et sœurs. Cependant, nous négligeons parfois les générations antérieures telles que les grands-parents et arrière-grands-parents, dont les expériences émotionnelles constituent notre mémoire ancestrale. Notre héritage émotionnel comporte des aspects positifs tels que le courage, la persévérance, la gentillesse, la patience, mais également des aspects négatifs comme la peur, la tristesse, la colère. Ces émotions influencent notre comportement, provoquant des sentiments d'injustice, de découragement ou d'impuissance face aux défis, des relations subies, de la solitude ou, à l'inverse, un désir d'isolement. Ce patrimoine émotionnel peut limiter nos actions.
Le connaître, le comprendre permet de se retrouver soi-même.
Anne Ancelin Schützenberger a popularisé le travail transgénérationnel en créant la psychogénéalogie. Selon elle, «la psychogénéalogie consiste d'abord à assumer le passé, mais aussi à butiner dans le jardin familial pour en faire son miel.» Elle a souligné que les expériences difficiles et parfois traumatisantes, non exprimées de nos ancêtres, entraînent une transmission inconsciente de l'émotion associée. Bruno Clavier évoque le concept de fantôme familial et de dettes psychiques. « Le travail consiste à faire couler l'émotion, pas juste à nommer le secret ou les répétitions. » Il met l'accent sur l'importance du ressenti émotionnel dans le travail transgénérationnel. Il s’agit de faire couler sa propre émotion, mais aussi l'émotion des ancêtres.
Michel Larroche explique les répétitions comportementales par la mémoire cellulaire. Nos cellules ont une mémoire, elles peuvent apprendre et se modifier. Ce qu'il nomme la réinformation cellulaire n'est pas une reprogrammation, car elle ne supprime pas nos souvenirs, mais modifie notre réponse aux événements de la vie. Ainsi, nous ne réagissons plus selon notre programmation ancestrale, mais en fonction de notre propre ressenti. Aujourd’hui, la science explique ces répétitions dans nos comportements par l'épigénétique. Les cellules reproductrices en plus d'un bagage génétique ont un bagage épigénétique. L'épigénétique étudiant l'interaction entre l'environnement et l'expression des gènes dans nos cellules, expliquent comment des facteurs externes (tels que l’alimentation, la pollution, le bruit, l’environnement psycho-social, le stress et bien entendu les émotions) modulent l'expression de notre ADN sans en altérer la structure. Des recherches scientifiques, notamment celles de Brian Dias, ont démontré que les traumatismes vécus par une génération peuvent affecter les deux générations suivantes, ouvrant la voie à des compréhensions profondes tant individuelles que collectives.
Nos ancêtres ont traversé trois guerres au siècle dernier, dans un contexte où la culture, la pudeur, la décence ou tout simplement la survie laissaient peu de place aux larmes et aux émotions. Aujourd’hui, il nous revient peut-être de mener ce travail de réparation : en hommage à nos ascendants, par égard pour nous-mêmes, et en conscience pour ceux qui viendront après nous.
« Les émotions que l’on n’exprime pas ne meurent pas. Elles sont enterrées vivantes et reviennent nous hanter plus tard sous une autre apparence. » Sigmund Freud
Le point commun de toutes ces études est l'émotion. Comprendre notre héritage émotionnel devient donc une priorité pour mieux se connaître et agir et réagir selon nos propres expériences, nos émotions personnelles, plutôt que sous l'influence de l'inconscient familial.
« L'émotion est la source principale de toute prise de conscience. En acceptant d'écouter sa colère, sa frustration, sa joie, nous entamons le chemin de la connaissance de soi. Comprendre ce qui a généré l’émotion permet de prendre conscience de ce qui est juste pour soi, de ses valeurs fondamentales. » Carl Gustav Jung
Le transgénérationnel et la science : l'épigénétique
Des recherches scientifiques épigénétiques, notamment celles de Brian Dias, ont démontré que les traumatismes vécus par une génération peuvent affecter les deux générations suivantes, ouvrant la voie à des compréhensions profondes tant individuelles que collectives.
L'un de ses travaux les plus connus est l'étude sur l'impact de l'expérience émotionnelle précoce sur les comportements futurs, à la fois chez l'individu concerné et chez ses descendants.
Dans une de ses expériences, Mr Dias a fait en sorte que les souris mères vivent une situation stressante (exposition à une odeur particulière associée à un choc électrique), et a observé que leurs descendants (les petits) étaient plus sensibles à ce même stimulus, même si ces derniers n'avaient pas eux-mêmes subi de stress direct. Les petits des souris soumises à un stress présentaient des réponses de stress accrues, et ce phénomène s'est maintenu sur plusieurs générations. Cela a suggéré que les expériences émotionnelles pouvaient affecter l'expression génétique de manière à influencer le comportement des générations suivantes sans qu'il y ait nécessairement de modification dans le code génétique lui-même.
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Les mécanismes de transmissions transgénérationnelles
Transmission des traumatismes : les traumatismes vécus par une génération peuvent être transmis aux suivantes, même si celles-ci ne les ont pas vécus directement. Ces traumatismes peuvent être physiques, psychologiques ou émotionnels (guerres, maltraitances, deuils non faits, secrets familiaux, etc.). Les descendants peuvent ressentir des effets négatifs sans comprendre leur origine, notamment des symptômes, des angoisses, des phobies ou des comportements répétitifs en lien avec ces traumatismes. Par exemple, une personne issue d'une famille où des membres ont subi un traumatisme de guerre peut développer des troubles du stress post-traumatique (TSPT) sans avoir vécu directement la guerre, mais en étant marquée par la souffrance des ancêtres.
Transmission des croyances et des valeurs : les valeurs, croyances et systèmes de pensée des ancêtres sont souvent véhiculés sans que les individus en soient conscients. Ces croyances peuvent concerner des domaines variés : l'argent, la réussite, l'amour, le mariage, la place de la femme ou de l'homme dans la société, la religion, etc. Par exemple, une famille où l'échec est très mal vécu pourra inconsciemment transmettre à ses enfants la peur de l'échec ou l'obsession de réussir à tout prix.
Secret de famille et loyauté familiale : les secrets de famille (non-dits, tabous, événements cachés) peuvent exercer une influence importante sur les générations suivantes. Par exemple, un événement traumatique ou un secret important (un adultère, un meurtre, un abandon, etc.) qui n'a pas été traité ou qui a été gardé sous silence peut créer des dynamiques inconscientes qui affectent les comportements des descendants. Ceux-ci peuvent se retrouver à vivre des événements similaires ou à reproduire des comportements liés à ce secret sans en connaître l'origine.
Le phénomène de répétition : les mécanismes inconscients de répétition peuvent faire en sorte qu'un individu reproduise des événements ou des choix similaires à ceux de leurs ancêtres. Cela peut concerner des histoires d’amour, des carrières professionnelles, des maladies ou des accidents. Cette répétition peut être vue comme un "appel" inconscient de la famille à résoudre un problème non résolu. Par exemple, une personne peut subir une série de ruptures amoureuses ou de pertes d’emploi, reprenant ainsi des schémas qui ont été vécus par ses parents ou grands-parents.